PARTIE III - LES ANOMALIES DE FABRICATION
3.8. Anomalies d'impression des barres phosphorescentes
Avant-propos et définitions


La surcharge des barres phosphorescentes étant une des étapes de la fabrication d’un timbre, comme dans tout processus de fabrication des anomalies peuvent survenir.

Dès les premiers tirages avec des barres phosphorescentes, des timbres sans barre phosphorescente (sans Pho), dit accidentel, ont été découverts.


1. Les premiers timbres sans barre phosphorescente par catégorie :

1.1. Timbres d'usage courant

CatégoriesEmissions
Date émission
Photos
Roulette
0.50FF rouge-carmin « Marianne de Béquet »
-
-
Feuille de 100 timbres
0.60FF vert « Marianne de Béquet »
25.02.75
(presse typo n°6)
Carnet gommé
0.60FF vert « Marianne de Béquet »
(Couv.
Code postal - carnet de 20 timbres)
05.12.75
(TD6-7)
(Gomme brillante)
-
Carnet autocollant de guichet
TVP rouge « Marianne du Bicentenaire »
Dentelure droite
(Couv. Tarif "France... ou DOM-TOM" à droite)
1993
-
Carnet autocollant SAGEM
TVP rouge « Marianne du Bicentenaire »
Dentelure ondulée
(Couv. Tarif "France...Vatican" mention 2 côtés)
20.10.97
(TD6-7)


1.2. Autres supports

CatégoriesEmissions
Tirages
Photos
Timbres commémoratifs
2.00FF « 450e anniversaire du 1er voyage de Jacques Cartier au Canada »
20.04.84
(TD6-2)
Poste aérienne
3.00€ « Premier vol Airbus A30 »
26.06.02
Timbres préoblitérés
0.30€ « Orchidée à fleurs vertes - Platanthera »
2003
Entiers postaux
Carte postale 1.60FF vert « Liberté de Gandon »
-


1.3. Timbres de Saint-Pierre et Miquelon

Les timbres d'usage courant des T.O.M surchargés « Saint-Pierre-et-Miquelon » et « Mayotte » ont aussi des timbres accidentels sans barre phosphorescente.
Le premier timbre sans barre phosphorescente est le 1.00FF olive foncé « Liberté de Gandon » surchargé « Saint-Pierre-et-Miquelon » imprimé le 15.01.86 sur TD6-7 (gomme brillante).



2. Quelques données chiffrées sur les timbres accidentels sans barre phosphorescente
(en % des timbres émis avec des barres phosphorescentes)

2.1. Timbres d'usage courant par émission

Timbre d'usage courant
Timbres de feuille et de roulette
Timbres de carnet
TOTAL
Marianne de Béquet
50%50%
50%
Sabine de Gandon
64%17%
47%
Liberté de Gandon
69%16%
49%
Marianne du Bicentenaire
73%13%
38%
Marianne du 14 Juillet
46%21%
38%
Marianne du 14 Juillet RF
21%28%
35%
Marianne des Français
33%27%
31%
Marianne et l'Europe
ns-
ns
TOTAL
51%23%
40%


2.2. Timbres dits Commémoratifs

2.2.1 Timbres dits Commémoratifs par année d'émission

Année
ss BP accidentel

(% des émissions imprimées avec des BP)
2001
63%
2002
31%
2003
10%
2004
8%
2005
12%
2006
6%
2007
3%
2008
2%
2009
3%
2010
3%
2010
1%
TOTAL
8%

2.2.2 Timbres dits Commémoratifs par type d'impression et par catégorie (% des timbres sans phospho)

Type d'impression
TOTAL
Taille-Douce
38%
Héliogravure
33%
Offset
24%
Offset/TD
5%
TOTAL
100%

Catégories
TOTAL
Feuille
66%
Carnet
24%
Bloc
10%
Autres
0%
TOTAL
100%

2.3. Analyse

Sur les timbres d'usage courant, nous constatons une baisse régulière des timbres accidentels sans barre phosphorescente particulièrement sensible sur les timbres émis en feuille.
Le taux sur les carnets est relativement stable.

Le nombre de timbres connus sans barre phosphorescente sur les émissions dites commémoratives émises avec des barres phosphorescentes est très bas (moins de 1 sur 10 émis).

Taux des émissions imprimées avec des barres phosphorescentes connues sans barre phosphorescente : 25%

Catégories
Répartition des timbres sans barre phosphorescente par catégorie
% des émissions connues sans barre phosphorescente par catégorie
Timbres d'usage courant
81%
40%
dont issus de feuille
62%
51%
dont issus de carnet
19%
23%
Timbres Commémoratifs
19%
8%
Timbres avec personnalisation attenante
0%
1%
TOTAL
100%
25%


3. Définition d'un timbre sans barre phosphorescente

3.1. Définition

Une définition a été écrite en mars 2016 et a fait l'object d'une publication commune le 05.04.16 des experts philatéliques Christian CALVES et Alain JACQUART, de Dominique SELLIER et de moi-même.

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La collection des timbres avec variétés phosphorescentes passionne de nombreux philatélistes, depuis maintenant plusieurs décennies. Malheureusement, en raison d’un certain flou dans la terminologie, il arrive régulièrement que des timbres ordinaires ou des variétés mineures soient proposés au prix fort sur le marché philatélique, au détriment des collectionneurs.

Le 17 mars 2016, une rencontre a eu lieu au 8 Rue Drouot (Paris 9e) pour évoquer ce sujet délicat.
Cette réunion a réuni les experts Christian Calves et Alain Jacquart, ainsi que deux collectionneurs spécialistes en la matière : Oliver Gervais (auteur du auteur du site http://www.timbres-barres-phosphorescentes.fr/ et contributeur du catalogue Spink/Maury ) et Dominique Sellier (auteur du blog http://lesansphosphore.blogspot.fr/ et contributeur du catalogue Yvert et Tellier).

A l’issue de cette réunion, un certain nombre de principes ont été établis que les parties en présence se sont engagées à respecter et à promouvoir.

Ces principes sont les suivants :


1- Les variétés «  de phosphore » n’existent pas. En effet, il n’y a jamais eu de phosphore sur les timbres, mais des pigments phosphorescents à base de fulfure de zinc activé au cuivre associé à des pigments pour colorer. Le terme correct à employer est donc « variété phosphorescente » ou « variété pho ».

2- Les variétés phosphorescentes se répartissent en deux catégories : les timbres sans barre phosphorescente et les timbres avec anomalie phosphorescente.

3- Doivent être considérés comme timbres sans barre phosphorescente les timbres entièrement vierges de toute trace phosphorescente, aussi infime soit elle, sur toute leur surface. Ce sont ces timbres qui constituent le cœur de la collection et que les catalogues cotent sous l’appellation « sans pho » ou celles (impropres) « sans phosphore » et « sans bande de phosphore ».

4- Doivent être considérés comme timbres avec anomalie phosphorescente les timbres sur lesquels on note une présence phosphorescente, mais répartie de manière anormale. Par exemple : maculations, barres à cheval ou brisées ou encore traces phosphorescentes à des endroits autres que ceux normalement occupé par les barres. Ces timbres constituent des variétés moins importantes, mais dignes d’être collectionnées.

5- Doivent, en revanche, être considérés comme ordinaires les timbres avec points phosphorescents (même légers) à l’emplacement normal des barres, ainsi que les timbres rémanents (timbres aux  barres phosphorescentes faiblement encrées, mais apparaissant sous une lampe U.V. à forte puissance).

6- Afin de clarifier la situation, il a été acté que les timbres avec anomalie phosphorescente expertisés par la maison Calves seraient, à l’avenir, systématiquement accompagnés d’un certificat décrivant la nature de l’anomalie constatée.
Nous espérons que l’application de ces principes contribuera à faire cesser certains abus, et qu’elle constituera une avancée utile pour les philatélistes désireux d’aborder ou de poursuivre une collection de timbres avec variétés phosphorescentes.

Christian CALVES, Alain JACQUART, Dominique SELLIER et Olivier GERVAIS

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Un timbre sans barre phosphorescente peut résulter :

- soit d'une absence de passage sous l'outil ("manchon") imprimant les barres phosphorescentes, suite à un "débrayage" de ce dernier (ex. : 4,00 FF « Liberté de Gandon »)
- soit d'un décalage latéral ou (et) vertical de ce même outil (ex. : 1,60 FF vert « Liberté de Gandon »)
- soit d'un défaut d'encrage de ce même outil (ex : 0,50 FF, 0,80 FF, 0,90 FF, etc. « Liberté de Gandon »).


3.2. Norme pour qualifier un timbre de "sans Pho"

Un timbre-poste est qualifié de "sans BP":

- s'il est NEGATIF au "noir absolu"
ET
- si aucune particule phosphorescente n'est décelable lors de l'examen du timbre-poste à l'aide d'un compte-fil (x20) sous lampe UV sur secteur


Le "noir absolu" est un procédé d'expertise inventé et publié dans les années 70 par MM. SOHIER et MADRON et le Dr LE TENSORER permettant de détecter d'infimes éclats phosphorescents

Mode opératoire :

- Se placer dans une pièce TOTALEMENT noire et habituer ses yeux à l'obscurité pendant 5 minutes;
- Placer le timbre-poste à examiner sur un fond neutre aux UV et sous une lampe UV éteinte;
- Fermer les yeux;
- Allumer la lampe (30 secondes);
- Puis, simultanément, éteindre la lampe, la dégager du champ de vision et porter le timbre-poste à hauteur du regard puis ouvrir les yeux.

Si le noir est total ("noir absolu"), le timbre-poste est qualifié de sans phospho.
Si on observe un halo plus ou moins luminescent et durable (quelquefois plus d'une minute !) au niveau des zones où sont normalement imprimées les BP, signe la présence de traces d'encre phosphorescente résiduelles, le timbre-poste n'est pas sans phospho et est dit "rémanent".

3.3. Différents cas de figure suite à une expertise

3.3.1. Tableau de synthèse

Type d'analyse
("Noir Absolu" / Compte-fils (x20))
Compte-fils (x20)

Sans particule
Compte-fils (x20)

Avec particules
"Noir Absolu" - Positif

Dégradé

Rémanent
"Noir Absolu" - Négatif
Sans PhoDégradé


(Point phosphorescent dit "rémanent")
(Sous lampe U.V. avec un grossissement x60)


(Ensemble de petits points phosphorescents occasionnant un ensemble dit "rémanent")
(Sous lampe U.V. avec un grossissement x60)


3.3.2. Timbres truqués

Un timbre-poste négatif au "au noir absolu" et sans aucune particule décelable au compte-fils (x20) mais dont l'expertise révèle des TRACES d'élimination physique ou chimique de particules résiduelles n'est autre qu'un timbre-poste issu d'un truquage, donc un faux.
En effet, il est possible d'éliminer physiquement ou chimiquement des particules résiduelles (détectables au "noir absolu" et au compte-fils x20 sous UV) et de transformer ainsi un timbre-poste qui n'est pas un timbre-poste sans barre phosphorescente en un timbre-poste "sans Pho".

Une analyse en lumière rasante peut permettre bien souvent de détecter des traces grasses suite à un gommage ou des rayures suite à un grattage.

Grattage à la lumière naturelle
Grattage sous lampe U.V.

Cependant, comme pour tous les timbres rares, quelles que soient l'origine et la période, une expertise est fortement recommandée.


3.3.3. Cas complexes

Il arrive que les 2deuxméthodes ("Noir Absolu" et Compte-fils (x20)) donnent des résultats divergents.
En fonction des sensibilités et de la méthode préférée, à défaut d'accord entre les philatélistes, ceux-ci tranchent en leur âme et conscience...!

3.4. Matériel

- Lampe U.V sur secteur


- Compte-fils (x20)

- Microscope

J'utilise également un petit microscope grossissant 60 fois pour les cas litigieux.